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Renoncer aux technologies zombies

Par Philippe Gauthier, texte présenté dans le cadre d’une table de discussion au Front Commun Pour la Transition Énergétique, le 16 juin 2021

« Steampunk ». Crédit : floorvan – Photo sous licence CC BY-SA 2.0

Celles et ceux qui sont familier.e.s avec les idées de la décroissance savent déjà que celle-ci pose un regard très critique sur la technologie. En plus de favoriser la croissance et, par conséquent, la destruction du monde naturel, la technologie facilite la domination de groupes humains par d’autres et augmente la dépendance de chaque individu envers divers systèmes qui restreignent son autonomie.

En dépit de ces critiques énoncées depuis longtemps, la plupart des plans de transition écologique font un grand appel à la technologie. La solution aux problèmes provoqués par les systèmes techniques existants passe invariablement par plus de technique et par plus de croissance pour financer des solutions toujours plus complexes et plus coûteuses. Un parc de panneaux solaires émet moins de CO2 qu’un puits de pétrole, mais il revient beaucoup plus cher et il consomme plus de ressources.

Notre vision de l’avenir est remplie de technologies qui nous promettent un avenir radieux. En 1960, on nous promettait des voitures volantes, des robots ménagers et des bases sur la Lune. En 2020, on nous promet des voitures non polluantes, des villes intelligentes et des bases martiennes. L’imaginaire n’a pas beaucoup changé. Et comme celui de 1960, l’avenir de 2020 a peu de chances de se réaliser, parce qu’il se heurte de manière encore plus pressante qu’avant aux limites physiques de la planète.

Ces visions d’avenir ne sont pas modernes et d’avant-garde : elles sont démodées et anachroniques par rapport aux réalités de notre monde. Elles ont été élaborées à une époque où les ressources minérales et énergétiques limitées n’étaient pas un souci. La majeure partie de ce monde ne verra jamais le jour et la partie qui existe aujourd’hui est vouée à disparaître. Il s’agit donc de technologies déjà mortes, mais qui envahissent le monde de manière exponentielle, aux dépens de la nature et des humains. Ce sont des « technologies zombies », pour reprendre le terme du physicien belge José Halloy.

Un téléphone intelligent, par exemple, contient une grande variété de métaux non renouvelables qui représentent ensemble 63 % du tableau périodique des éléments. Cet appareil sera utilisé pendant 21 mois en moyenne, après quoi il deviendra un déchet essentiellement non recyclable, qui échappe aux cycles naturels et qui durera des milliers, voire des millions d’années. Le téléphone intelligent envahit pourtant tous les aspects de nos vies et il est devenu difficile de s’en passer. Sous sa forme actuelle, il est l’exemple parfait d’une technologie zombie.

Le coût écologique direct n’est pas le seul prix à payer pour les technologies zombies. Les accepter, c’est aussi accepter le système technique plus large qui en découle ou qui les rend possible. Accepter la voiture électrique, par exemple, c’est aussi accepter des villes largement asphaltées, les problèmes de cohabitation avec les cyclistes et le bruit. C’est aussi accepter une activité minière polluante, qui se fait en dépossédant des populations pauvres de leur territoire.

De la même façon, accepter le téléphone intelligent, c’est aussi accepter les antennes 5G omniprésentes et le fait que le travail envahit tous les aspects de notre vie, avec le stress qui vient avec. Accepter l’intelligence artificielle, c’est aussi accepter la société de surveillance qu’elle facilite.

L’avenir que nous promettent les technologies zombies est un futur obsolète, qui est promis à la ruine avant même d’avoir été construit. L’un de nos objectifs comme militants doit être de résister à l’appel des futurs obsolètes et d’attirer l’attention des décideurs sur leur caractère à la fois non durable et aliénant. Il ne suffit pas de nous reconnecter avec la nature. Il faut aussi aider celles et ceux qui sont empêtré.e.s dans des rapports de dépendance à des infrastructures condamnées à s’en extraire.

Bilan critique de la décroissance : entre l’arbre et l’écorce de la transformation sociale

Par Louis Marion, texte présenté dans le cadre de La Grande Transition, le 22 mai 2021

Le pluvier. Crédit : Yves Duchesne – Photo sous licence CC BY-SA 4.0

Après vingt ans de critique décroissanciste de la société, nous pouvons avoir un recul historique qui nous permet d’observer et d’analyser l’interaction de cette proposition politique avec sa réception sociale empirique. Nul n’aurait pu prévoir, il y a 20 ans, l’avenir de ce slogan ou la portée de ce concept.

Il y avait plusieurs possibles.

La décroissance aurait pu s’unifier fortement sur le plan théorique et pratique et provoquer une forte répression politique.

Ou, au contraire, la décroissance aurait pu être abandonnée comme enjeu d’émancipation pour des raisons liées à son anthropologie optimiste ou d’autres raisons advenant une réfutation scientifique concernant ses thèses ou présupposés.

Rétrospectivement, ce qui s’est produit après 20 ans, c’est que la décroissance n’a pas eu besoin d’être réprimée ni abandonnée, mais qu’elle n’a pas triomphé non plus comme idéologie politique de remplacement du capitalisme.

Plusieurs explications sont possibles pour ce diagnostic, sans doute liées fortement au triomphe du néolibéralisme et à la culture postmoderne.

Dans le contexte actuel, les subjectivités sont en concurrence quant aux finalités à choisir et leur légitimation. À partir de l’horizon libéral, elles ne peuvent que faire valoir des droits et raisonner à partir d’intérêts.

La culture progressiste et le post-structuralisme ont contribué à neutraliser l’engagement politique non privé et universaliste.

Il y a désormais plusieurs compréhensions de la décroissance. Malgré le travail d’éclaircissement d’auteur comme Timothée Parrique, la décroissance demeure divisée sur certains sujets.

Comment nous situons-nous face à la critique de la valeur?

Comment nous positionnons-nous face à la critique de la souveraineté de l’État?

Que penser de la position anarchiste?

Décoloniser l’imaginaire, comme condition de possibilité du changement social radical, c’est abolir certaines distinctions et en instituer des nouvelles.

Dans mon jardin, il y a des oiseaux plutôt subtils, des spécialistes de la diversion, qui distinguent, parmi les menaces potentielles pour leurs progénitures, celles qui viennent d’individus mal intentionnés, de celles qui viennent, disons, des ignorants et des irresponsables. Un touriste perdu risquant de marché sur leur œuf ce n’est pas perçu comme un faucon.

Avons-nous ce pouvoir de faire les bonnes distinctions en commençant par distinguer ce qui appartient encore aux humains et ce qui vient de la machine? Ce sur quoi nous avons une prise et ce sur quoi il ne nous sert à rien de discourir?

Sommes-nous capables, comme ces pluviers, de distinguer l’ignorance de la mauvaise foi parmi les obstacles à l’atteinte de nos objectifs? Sommes-nous capables de savoir avec qui nouer des alliances stratégiques?

Bref, comme idée, la décroissance s’est enrichie, mais comme mouvement social et politique il y a eu peu de progrès significatif.

Certains objecteurs de croissance sont fiers d’avoir raison, mais leur radicalité idiosyncrasique, leur belle âme romantique, les empêche d’avoir une prise sur la réalité. Être contre tout n’est pas très pragmatique. « Le nouveau a besoin d’un sens qui existe déjà. » D’autres, moins sectaires, sont aussi moins combatifs et leur vision du capitalisme ressemble plus à une théorie macro-économique qu’ils se doivent de réfuter qu’à un système de domination qui, depuis longtemps, sculpte les subjectivités.

Nous pouvons, comme le propose Timothée Parrique, avoir une stratégie par étape pour changer la propriété, le travail, l’argent. Pour démarchandiser progressivement la société, mais cela ne nous donne pas le pouvoir matériel. Ça demeure idéaliste.

Faire avancer les idées décroissancistes ne fait pas avancer de rapport de force en faveur de la décroissance, ne produit pas une puissance désaliénante à l’œuvre, ou un sabotage des structures oppressives et injustes.

Les limites de la décroissance sont symptomatiques des limites de la réflexivité sociale actuelle, de la capacité pour les êtres humains, sans testament à propos de leur héritage technique, de reprendre le contrôle de la reproduction de la société. Cette société est, en réalité, abandonnée aux algorithmes et divers monstres technochrémastistiques pour sa reproduction, abandonnant par la même occasion les individu aux intérêts et au rapport de force des marchés qui flattent son narcissisme et son pouvoir d’achat.

La décroissance se heurte à la situation sociologique suivante: Nous vivons dans un type de société qui ne demande plus a personne d’en faire partie ou il n’y a plus de devoir, mais seulement des droits où tout est abandonné aux intérêts individuels ou au bon fonctionnement de la machine. La société ne se reproduit plus par des humains baignant dans du sens, mais de manière technique et économique.

La domination s’est intériorisée, car l’activité économique a absorbé l’essentiel de la vie sociale. Néanmoins, même si elle n’a pas réussi jusqu’à présent à s’incarner dans un mouvement politique transnational ayant un programme clair, on peut tout de même préciser son apport positif. Les objecteurs de croissance ont contribué à alimenter et à radicaliser les débats à propos de la justice sociale et de l’écologie en lien avec ces liens interdépendants et avec les limites de toutes catégories.

Notre faiblesse comme mouvement n’est pas un problème de communication avec les non-convertis, c’est plutôt lié à un problème d’antagonisme structurel dans les luttes pour la définition des enjeux liés à la décroissance.

On parle de plus en plus des limites biophysiques, mais ça ne suffit pas. La conscience, comme la science, ne suffit pas pour déterminer un projet commun.

Il y a eu des changements profonds, des remises en question légitimes, mais le passé ne peut plus suffire comme guide, car les conditions et la définition même de l’émancipation ont changé en intégrant des luttes pour la reconnaissance par exemple.

Imaginer quelque chose de plus désirable que le capitalisme, pour la décroissance, ce n’est pas si difficile. Ce qui est difficile c’est de s’entendre tous ensemble sur ce qui est désirable.

Le changement de paradigme est un problème ontologique sociologique anthropologique et psychologique. Ce n’est pas juste une affaire de militant engagé ou de masse critique.

Ce que nous enseigne la décroissance en matière d’énergie et de ressources

Par Philippe Gauthier, texte présenté dans le cadre de La Grande Transition, le 22 mai 2021

«Tagebau Garzweiler / Brown Coal Surface Mine Garzweiler» par Bert Kaufmann Photo sous licence CC BY-SA 2.0

Je suis un spécialiste des enjeux énergétiques et, à ce titre, je vais aborder le bilan de la décroissance sous l’angle de la production et de la consommation d’énergie. Dans ce domaine, la décroissance offre peu d’outils analytiques qui lui sont propres. Elle emprunte une bonne partie de ceux qu’elle utilise au monde de l’économie physique (on dit aussi biophysique ou écologique) avec qui elle entretient des liens étroits.

Beaucoup de gens deviennent nerveux dès qu’on mentionne le mot « économie ». Mais contrairement à l’économie classique, qui ramène presque tous les enjeux à des questions d’argent, l’économie physique s’intéresse aux flux concrets et mesurables de matière et d’énergie, ce qui fait beaucoup plus clairement apparaître les limites des écosystèmes et les obstacles à la croissance verte. S’il faut citer un exemple de cette approche, mentionnons Giorgios Kallis, de l’Université de Barcelone, qui est l’un des économistes physiques qui s’est le plus distingué dans le monde de la décroissance.

Constats

Sur la question de la transition énergétique, la décroissance est particulièrement attentive à l’enjeu de  l’épuisement prochain des carburants fossiles. Le pétrole semble déjà avoir passé son pic de production et ceux du gaz et du charbon sont peut-être plus près qu’on ne le croit. À première vue, l’épuisement des carburants fossiles peut sembler être une bonne nouvelle dans la mesure où elle signifie une réduction plus rapide que prévu des émissions de gaz à effet de serre.

Toutefois, du point de vue de la décroissance, une transition très rapide et complète vers les énergies renouvelables paraît peu probable, parce qu’il existe de sérieux freins à la production des ressources nécessaires. La question n’est pas de savoir s’il y a assez de lithium sous terre : il est de savoir si on peut en augmenter la production assez vite pour atteindre les objectifs de production de batteries pour 2030 ou 2040. Et le moins qu’on puisse dire, c’est ce que ce n’est pas gagné d’avance. Il va sans doute falloir s’habituer à vivre dans un monde plus sobre, utilisant moins d’énergie.

La décroissance nous pousse d’autant plus à accepter et même à souhaiter cette réduction qu’elle s’intéresse aux graves conséquences de l’extractivisme sur les écosystèmes ou les populations locales, un aspect qui est complètement négligé par les tenants de la croissance verte. Au lieu de nous demander « par quoi devons-nous remplacer les carburants fossiles? », la décroissance nous demande à quel point il est souhaitable de les remplacer tout court. Elle nous fait réfléchir aux usages réellement indispensables, surtout quand on garde à l’esprit que les énergies renouvelables utilisent massivement des ressources qui, elles, ne le sont pas.

La décroissance nous rappelle aussi que l’objectif de croissance continue de notre économie nous éloigne de nos objectifs de décarbonation. Même dans l’hypothèse d’une croissance verte et d’une économie circulaire qui fonctionneraient, ce qui est loin d’être démontré, une croissance économique de 3 % par année nous mène, en 2070, à une économie huit fois plus grosse que la nôtre et qui consomme environ trois fois plus de ressources. Notre monde n’est déjà pas soutenable; celui de 2070 en mode « croissance verte » l’est encore moins. La décroissance nous appelle à réfléchir à ce qui est indispensable et à ce qui est superflu, voire même aliénant pour les populations humaines.

Questions non résolues

La décroissance est une réflexion de longue haleine et certaines pistes ont été mieux explorées que d’autres. Des enjeux comme la justice sociale, le place du travail et la place du monde vivant ont été largement discutés, mais les contours d’une future société décroissante restent flous. Jusqu’où faut-il décroître? Le monde décroissant est-il néorural ou est-il encore fortement urbain? Est-il essentiellement agricole ou comporte-il encore une part importante d’industrie légère, comme le textile ou le meuble? Quelle est la place de la médecine, ou des télécommunications? En ce moment, le cadre de référence reste beaucoup trop flou et devrait être précisé.

Des démarches d’économie physique commencent à apporter des réponses à ces questions, mais elles ne sont pas simples. Il n’est pas évident qu’un monde de 8 milliards d’humains puisse être strictement agricole ou permacole. Par exemple, renoncer à l’électricité, c’est aussi renoncer à la machine à laver, et retourner au poêle à bois, qu’il faut longuement préchauffer et qui consomme des forêts entières. Les implications en matière de division sexuelle du travail sont potentiellement importantes. Mais conserver l’électricité, c’est aussi accepter tout le système qui vient avec : une importante métallurgie, des paysages dominés par les barrages et les éoliennes, une structure de financement et une concentration de l’énergie qui favorisent le capitalisme.

Dès lors, quels sont les compromis acceptables en termes de technologie et d’industrie? Quels sont les outils et les appareils indispensables, sans lesquels la vie devient misérable? Doit-on penser en termes d’étapes vers la décroissance, ou seulement en termes d’objectif final? Si la survie des écosystèmes exige que les humains soient moins nombreux, comment accompagner la réduction de la population de manière humaine et sans souffrances inutiles? Est-ce même possible?

Il s’agit là, je pense, d’enjeux qui seront à l’avant-plan de la recherche sur la décroissance dans les prochaines années.

Désanthropocentrer la décroissance

Par Andrea Levy, texte présenté dans le cadre de La grande transition, le 22 mai 2021

Tourte voyageuse disparue en 1914.

Nous sommes plusieurs aujourd’hui – toutes et tous objecteurs de croissance – à vouloir réfléchir un peu plus sur les angles morts de notre vision du monde toujours en évolution et de notre quand même très jeune mouvement. Quand on a de la difficulté à avancer dans nos objectifs, on a tendance à se poser des questions. Personnellement, je ne pense pas que ce sont surtout les angles morts de la décroissance qui nous empêchent de transformer la décroissance en mouvement de masse. Pour la décroissance, comme pour toute façon de penser, qui remet en question le mode de production et consommation dominant, le défi du déni et de l’aliénation est énorme. Je vais reprendre l’observation, très souvent citée, attribuée au critique littéraire Fredric Jameson : « C’est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. »

Donc, identifier les angles morts de la décroissance risque de ne pas nous aider à gagner de nouveaux adhérents, mais ce n’est pas une raison pour détourner notre regard critique ni d’arrêter d’enrichir notre analyse.

Je voudrais alors soulever la question de ce qu’on appelle la biodiversité, c’est à dire le monde naturel avec la magnifique plénitude de vie plus qu’humaine qu’il englobe – ou, devrais-je dire, qu’il englobait. Parce qu’on ne saurait ignorer que presque tous les mois maintenant est publié un autre rapport faisant état de l’effondrement de ce monde. Nul besoin d’accorder à la biodiversité une valeur en soi pour comprendre l’ampleur du problème. Robert Watson, président de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, nous assure que la perte de la biodiversité est une menace aussi importante pour l’humanité que les changements climatiques. Le bien-être et la survie humaine dépendent de ce monde naturel d’une façon que nous commençons à peine à comprendre. 

Pourtant on n’en parle presque pas – même à l’intérieur du mouvement décroissanciste.  Dans le cas de la décroissance, il s’agit quand même d’un paradoxe dans la mesure où il n’existe pas de solutions techniques possibles, en fin de compte, au besoin urgent de défendre le monde naturel. Il faut vivre autrement; il faut décroitre.

Pour décoloniser l’imaginaire, comme la décroissance nous enjoint de faire, il faut désanthropocentrer la décroissance. Ce qui veut dire, au minimum, de bien intégrer dans notre pensée et notre projet l’urgence de lutter contre la destruction du monde naturel et pour la défense des intérêts des espèces non humaines ainsi que de s’assurer que nos propositions concrètes s’orientent en ce sens. Ce projet à mon avis va de pair avec la décolonisation non seulement de l’imaginaire, mais de nos sociétés actuelles, car de par le monde ce sont les peuples autochtones qui ont réussi beaucoup mieux que les sociétés dominantes occidentales à gérer la terre et tout ce qui lui appartient. 

Ce qui m’amène au prochain point que je voulais soulever aujourd’hui : ma contribution à notre tentative de répondre à la question des stratégies à privilégier pour les objecteurs de croissance. Mon impression est que malgré nos efforts de dissocier la décroissance de l’image des gestes individuels et de la simplicité volontaire, cette vision nous colle. Je pense qu’il sera utile pour nous qui n’avons pas, il faut l’avouer, un plan de transition développé, de se joindre à d’autres groupes dans la mouvance écologiste et le mouvement décolonial qui remet en cause le système dominant. Ensemble nous serions plus en mesure d’élaborer un programme minimal qui servirait à nous unifier autour de quelques réformes structurelles clés en guise de réponse radicale – donc qui relève de la racine – à la catastrophe en cours, dont les pandémies actuelles et futures, qui découlent de notre relation destructrice avec le monde naturel, ne sont qu’une des manifestations visibles.

Pour un vrai débat sur la décroissance

Par Yves-Marie Abraham

L’Escamoteur (ou Le Prestidigitateur) par Hieronymus Bosch. « L’illusionniste ne dit pas ce qu’il fait et fait ce qu’il ne dit pas. Il joue avec les apparences et excelle à détourner l’attention du public de l’essentiel. Il est l’équivalent du bonimenteur dans le registre du spectacle, et du charlatan dans celui du commerce… ». Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0. Source : Article L’Escamoteur de Wikipédia en français (auteurs)

Pour qui promeut l’idée de « décroissance soutenable », il est réjouissant de voir Nicolas Marceau, ancien ministre de l’économie et des finances de Pauline Marois, prendre la « plume » pour débattre publiquement de cette idée1Marceau, N. (2021, 6 février). Comment susciter l’adhésion à la lutte contre les changements climatiques. Le Devoir. Récupéré de https://www.ledevoir.com/opinion/idees/594732/point-de-vue-susciter-l-adhesion-a-la-lutte-contre-les-changements-climatiques . Mais, pour s’en réjouir franchement, encore faudrait-il que les termes du débat soient posés correctement, ce qui n’est malheureusement pas le cas en l’occurrence.

Réductionnismes

À l’instar de la plupart des membres de nos élites politiques et économiques, l’ancien député de Rousseau commence par minimiser l’ampleur du problème écologique en le réduisant au seul « réchauffement climatique ». Or, l’érosion rapide de la biodiversité, la diffusion dans nos milieux de vie de perturbateurs endocriniens, la dégradation des sols ou la raréfaction du phosphore à l’état concentré, pour ne citer que ces exemples, ne sont pas moins préoccupants que le dérèglement climatique pour l’avenir de nos sociétés. Si l’on veut se donner quelques chances d’atténuer les conséquences désastreuses de ces phénomènes, mieux vaut en prendre la pleine mesure que de les ignorer.

De même, il serait souhaitable que Monsieur Marceau reconnaisse que ce niveau de vie des Québécoises et des Québécois dont il se fait le défenseur, s’avère extrêmement coûteux sur le plan écologique. Pour le moment encore, ces coûts restent invisibles à la plupart d’entre nous. L’essentiel de la facture est payé par les populations humaines les plus exploitées ou les plus démunies, au Sud comme au Nord, ainsi que par bien d’autres êtres vivants. Partout, les premiers affectés par la catastrophe écologique en cours sont ceux et celles qui en sont les moins responsables. Et pour bon nombre d’entre eux, l’apocalypse n’est pas une éventualité, mais une réalité.

Fausses solutions

Comment alors arrêter ce désastre et réparer cette injustice ? Pas question pour Nicolas Marceau de renoncer à la course à la croissance économique. La première solution qu’il nous propose est plutôt d’abandonner le PIB au profit de « mesures de bien-être collectif plus larges, conformes aux principes du développement durable ». En somme, au lieu d’essayer de faire baisser la fièvre productiviste dont souffrent nos sociétés, au risque d’en mourir, le docteur Marceau n’a rien de mieux à nous suggérer que de changer de thermomètre… On rirait de bon cœur d’un charlatanisme aussi grossier, si la situation n’était pas à ce point dramatique.

Le second remède préconisé par l’ancien ministre est en apparence plus prometteur. Il consiste pour l’essentiel à modifier la recette de fabrication de nos marchandises, en y introduisant des ingrédients moins néfastes sur le plan écologique (du gaz plutôt que du charbon, par exemple) ou en réduisant la quantité de ressources naturelles utilisées pour les produire (éco-efficacité). Le problème de cette stratégie dite de « substitution » est qu’elle n’a absolument rien de nouveau et qu’elle n’a jamais permis de générer une « croissance verte », c’est-à-dire une croissance économique qui ne se traduirait plus par une aggravation de la situation sur le plan écologique2Plusieurs études de grande ampleur sont venues confirmer récemment ce constat. Voir notamment : Hickel. J., Kallis, G. (2020). « Is Green Growth Possible ? », New Political Economy, 25:4, p. 469-486. ; Parrique T., Barth J., Briens F., C. Kerschner, Kraus-Polk A., Kuokkanen A. et J.H. Spangenberg (2019). Decoupling Debunked : Evidence and Arguments Against Green Growth as a Sole Strategy for Sustainability, European Environment Bureau, 78 p. ; Vadén, T., Lähde, V., Majava, A., Järvensivu, P., Toivanen, T., Hakala, E. etJ.T. Eronen (2020). « Decoupling for ecological sustainability: A categorisation and review of research literature », Environmental Science & Policy, Volume 112, p. 236-244..

La raison en est simple : dans le meilleur des cas, cette stratégie permet de réduire « l’intensité écologique » de chaque marchandise produite, mais la quantité de marchandises portées au marché continuant de croître, le volume total des ressources naturelles mobilisées et des déchets générés ne cesse finalement d’augmenter. La course à la croissance incite bien davantage à ajouter de nouvelles ressources à celles que nous utilisons, plutôt qu’à opérer ces substitutions préconisées par Nicolas Marceau. Le cas de l’énergie est révélateur. Depuis deux cents ans, nos économies n’ont cessé de s’abreuver à de nouvelles sources d’énergie, sans que jamais la moindre substitution ne s’opère entre elles.

Décroissance n’est pas récession

Si nous voulons vraiment mettre un terme à la destruction de nos conditions naturelles d’existence, nous n’avons d’autre choix que de produire moins que nous ne le faisons aujourd’hui. Autrement dit, il nous faut renoncer à la course à la croissance. Et, pour que cette rupture ne se traduise pas par une aggravation des injustices présentes, il va falloir partager bien davantage nos moyens de vivre. Enfin, ces limites qu’il s’agit de fixer à notre production, ainsi que la manière de partager nos richesses, nous devons en décider ensemble, de manière rigoureusement démocratique. Tel est l’essentiel du programme que défendent les « objecteurs de croissance » et qu’ils soumettent au débat.

Cela n’a rien à voir avec le ralentissement subi par nos économies au cours de l’année passée, contrairement à ce qu’affirme Nicolas Marceau. Les économistes ont un mot pour désigner ce phénomène, c’est le mot de « récession ». L’appel à une décroissance soutenable ou conviviale, lancé il y a bientôt 20 ans, est d’abord un appel à inventer des manières de vivre ensemble libérées de l’impératif de croissance, donc délivrées de la peur de la récession ou, pire encore, de la dépression. C’est un programme très optimiste, mais certainement plus enthousiasmant que celui auquel nous convie mon collègue de l’UQAM, qui nous condamne, tels des hamsters dans leurs roues, à poursuivre sans fin cette course à la production de marchandises, jusqu’à l’autodestruction.

Notes

Notes
1 Marceau, N. (2021, 6 février). Comment susciter l’adhésion à la lutte contre les changements climatiques. Le Devoir. Récupéré de https://www.ledevoir.com/opinion/idees/594732/point-de-vue-susciter-l-adhesion-a-la-lutte-contre-les-changements-climatiques
2 Plusieurs études de grande ampleur sont venues confirmer récemment ce constat. Voir notamment : Hickel. J., Kallis, G. (2020). « Is Green Growth Possible ? », New Political Economy, 25:4, p. 469-486. ; Parrique T., Barth J., Briens F., C. Kerschner, Kraus-Polk A., Kuokkanen A. et J.H. Spangenberg (2019). Decoupling Debunked : Evidence and Arguments Against Green Growth as a Sole Strategy for Sustainability, European Environment Bureau, 78 p. ; Vadén, T., Lähde, V., Majava, A., Järvensivu, P., Toivanen, T., Hakala, E. etJ.T. Eronen (2020). « Decoupling for ecological sustainability: A categorisation and review of research literature », Environmental Science & Policy, Volume 112, p. 236-244.

La COVID-19, symptôme du mal de l’infini

Par Yves-Marie Abraham

La course sans fin à la production de marchandises et à la toute-puissance technoscientifique : tel est le « mal de l’infini », dont souffrent aujourd’hui la presque totalité des sociétés humaines. La pandémie de COVID-19 en constitue l’un des plus récents symptômes. Les principaux aspects de cette pandémie ont en effet pour cause ce mal dévastateur.

Destruction écologique

Comme on le sait à présent, la maladie infectieuse qui se trouve à l’origine de cet événement catastrophique est une anthropozoonose, c’est-à-dire une maladie transmise par des animaux non-humains à des animaux humains. Ce type de transmission n’a rien de nouveau. Une première vague importante de zoonoses a affecté l’espèce humaine lorsque certains de ses membres ont commencé à pratiquer l’agriculture il y a environ 10 000 ans. Mais, nous subissons depuis quelques décennies une seconde vague de ce genre de maladies. Sont en cause notamment la destruction et la transformation massives des habitats d’animaux sauvages, ce qui augmente les occasions de contacts étroits entre ces derniers et notre espèce1Sonia Shah, « Contre les pandémies, l’écologie », Le Monde diplomatique, mars 2020. En ligne <https://www.monde-diplomatique.fr/2020/03/SHAH/61547> (À paraître en 2020, de la même autrice, aux éditions Écosociété : Pandémie : Traquer les épidémies, du choléra aux coronavirus).. Pourquoi ces dévastations? Essentiellement pour soutenir la croissance économique et la hausse du sacro-saint PIB, qui exige que toujours plus de marchandises soient produites, ce qui ne peut être obtenu qu’en consommant toujours plus de « ressources naturelles » en tous genres, contrairement à ce que continuent de nous promettre les prophètes d’un « développement durable » ou d’un « green new deal ».  

mondialisation

Cette course à la croissance est en cause également dans la vitesse à laquelle la COVID-19 est devenue pandémie. Cette zoonose dont le premier cas semble avoir été diagnostiqué au tout début du mois de décembre 2019 à Wuhan en Chine Centrale a infecté, en l’espace de six mois à peine, plus de 8 000 000 de personnes dans 180 pays différents (sur 197 État-nations recensés par l’ONU). Comment cela a-t-il été possible?  On ne peut produire et vendre toujours plus de marchandises qu’au prix d’une continuelle extension des marchés, comme l’expliquait déjà il y a plus de deux siècles Adam Smith dans ses fameuses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776). En d’autres termes, la croissance continuelle du PIB suppose la mondialisation des échanges. Cela implique que certains humains – les plus riches généralement – circulent sans arrêt et à vive allure à travers la planète, soit pour contribuer à la production de ces marchandises, soit pour les consommer, dans le cadre de l’industrie touristique en particulier. Ce sont eux qui, au cours de l’hiver 2020, ont propagé le virus aux quatre coins du monde, en servant ces fétiches que sont pour nous les marchandises.

maladies de civilisation

Ce que l’on sait des facteurs de létalité de cette maladie n’est pas sans rapport non plus avec le « mal de l’infini ». Il semble en effet que la COVID-19 ait tué principalement des personnes âgées atteintes de certaines maladies chroniques telles que l’hypertension artérielle, le diabète ou les maladies coronariennes. Ces problèmes de santé, dont on ne meurt pas forcément mais dont on ne guérit jamais vraiment, sont nommés parfois aussi des « maladies de civilisation ». Et pour cause. Leur prévalence est étroitement liée au mode de vie qui s’est imposé au cours du siècle dernier dans toutes les sociétés occidentales et qui s’étend aujourd’hui dans le reste du monde2André Cicollela, Toxique planète, Paris, Seuil, 2015.. Ce mode de vie est caractérisé notamment par le manque d’exercice physique, la consommation d’aliments industriels de plus en plus transformés et l’absorption de toutes sortes de drogues grâce auxquelles nous « tenons le coup » avec plus ou moins de succès (alcool, caféine, nicotine…). Il est propre aux « sociétés de croissance » et peut être tenu largement responsable de ces maladies qui ont rendu vulnérables les plus âgés d’entre nous face au SRAS-CoV-2.

Contreproductivités

Force est de constater enfin que les nations les plus riches, au regard de cet indicateur fétiche qu’est le PIB par habitant, n’ont pas été mieux protégés de la pandémie que les autres. Certes, il est possible que certains pays pauvres dans lesquels la COVID-19 semble avoir été moins dévastatrice ne soient pas en mesure de produire des données épidémiologiques fiables. Par ailleurs, les générations les plus âgées sont relativement plus populeuses dans les pays les plus riches, or ce sont-elles qui sont les plus menacées par ce nouveau coronavirus. Soit. Mais, comment expliquer néanmoins que cette pandémie ait fait des ravages si spectaculaires dans les États-nations considérés comme les plus « avancés », tant sur le plan économique que technoscientifique?

Sous réserve de mener une étude sur le sujet, suggérons deux hypothèses, au demeurant complémentaires. D’une part, au moment où la pandémie s’est produite, nos systèmes de santé étaient affaiblis par des décennies de coupes budgétaires et de réformes visant à réduire les coûts gigantesques qu’ils représentent. De tels choix politiques n’ont rien d’étonnant au sein de sociétés productivistes telles que les nôtres, qui ne valorisent dans le fond que l’accumulation de marchandises. Dans des sociétés de ce genre, les activités de soin ne représentent que des coûts, surtout quand il s’agit de soigner des humains eux-mêmes improductifs, tels que les personnes âgées en perte d’autonomie.

D’autre part, comme l’a montré de manière magistrale le philosophe et historien Ivan Illich dès les années 1970, nos systèmes de santé « modernes » tendent paradoxalement à devenir de moins en moins performants à mesure qu’ils grossissent et éliminent toutes les autres manières de se soigner3Ivan Illich, Némésis médicale, Paris, Seuil, 1975.. L’un des symptômes les plus évidents de cette contreproductivité est la maladie nosocomiale, celle que l’on contracte dans un lieu où l’on espère être soigné. C’est la conséquence du fait de traiter la maladie de manière industrielle et technocratique, en particulier dans ces vastes usines à soins que sont les hôpitaux. L’hécatombe qui vient de se produire en Occident dans les établissements hospitaliers destinés aux personnes âgées illustre de façon caricaturale et monstrueuse cet effet pervers propre à la quête d’efficacité technique qui caractérise la dynamique de nos sociétés.

Soins d’urgence

Comment guérir du « mal de l’infini », pour limiter les risques de pandémies à venir, mais aussi les désastres bien plus mortels encore que vont provoquer le dérèglement climatique, l’érosion de la biodiversité, la destruction des sols, les perturbateurs endocriniens, etc.? La bonne nouvelle est que ce mal n’est pas inscrit dans une quelconque nature humaine. Il s’est imposé avec cette forme de vie sociale que l’on appelle capitalisme, qui n’est elle-même qu’une invention récente et contingente dans l’histoire de notre espèce. Or, ce que des humains ont fait, d’autres peuvent le défaire. La guérison est donc envisageable. Elle suppose cependant de cesser de croire qu’il suffirait pour écarter ces dangers de rendre le capitalisme plus vert, plus responsable, plus humain, plus éthique ou que sais-je encore. Il faut l’abattre.

Notes

Notes
1 Sonia Shah, « Contre les pandémies, l’écologie », Le Monde diplomatique, mars 2020. En ligne <https://www.monde-diplomatique.fr/2020/03/SHAH/61547> (À paraître en 2020, de la même autrice, aux éditions Écosociété : Pandémie : Traquer les épidémies, du choléra aux coronavirus).
2 André Cicollela, Toxique planète, Paris, Seuil, 2015.
3 Ivan Illich, Némésis médicale, Paris, Seuil, 1975.

Relancer l’économie croissanciste ou refaire la société?

par Polémos, groupe de recherche indépendant sur la décroissance au Québec

Photo : Alvin Trusty, CC BY-NC 2.0

Une version de cette lettre a été publiée dans le Devoir, le 22 mai 2020. Nous publions une version rectifiée et sans les modifications apportées par le journal.

Alors que de nombreux pays entament leur déconfinement et que l’incertitude quant au futur s’installe, nombreux sont les scientifiques, les citoyen·ne·s et les acteurs de la société civile à travers le monde à se faire entendre et à en appeler au déploiement de nouvelles idéologies politiques.

Depuis les années 1970, de multiples études démontrent que nos modes de vie occidentaux constituent le fond du problème. Qu’il s’agisse de l’origine de l’épidémie (en partie imputable à l’industrialisation massive qui s’accompagne d’une destruction des habitats naturels), de son caractère pandémique (mondialisation des échanges, tourisme de masse), de sa létalité (elle tue surtout les personnes les plus fragilisées) et du désastre qu’elle occasionne dans nos « mouroirs industriels » (CHSLD), la crise que nous vivons trouve son origine dans la recherche effrénée d’une croissance illimitée dans un monde aux ressources pourtant limitées.

Cette crise révèle les nuisances engendrées par notre système économique globalisé actuel. Au Québec, le virus dévoile en particulier l’absence de solidarité envers les aîné·e·s. À ce titre, la crise que nous vivons, et celles que nous serons amené·e·s à subir à nouveau, nécessitent de repenser de fond en comble l’organisation de notre société.

Une société différente est possible

Dès mars, beaucoup ont été forcé·e·s de ralentir. Le moment est approprié pour réévaluer nos échelles et abroger cette « quête » sociale pour la croissance et repartir sur des bases plus saines, plus justes et plus solidaires.

Pour éviter toute confusion, rappelons que la récession qui nous attend n’est en rien de la décroissance. Une société post-croissance implique que l’on prenne collectivement un engagement en faveur de la réduction de la production et donc de la consommation marchande et que l’on réorganise la société de manière différente.

La décroissance, ce n’est pas quelque chose que l’on subit, c’est un projet commun que l’on planifie ensemble de manière conviviale.

Des relations fondées sur la solidarité | Partager plus

La crise aura permis de recréer des liens de solidarité au sein de nos communautés tout en mettant en évidence l’isolement et la précarité de plusieurs (aîné·e·s, immigrant·e·s, femmes, enfants, etc.). La redistribution et la justice sont au cœur d’un projet de société post-croissance. Il s’avère essentiel de repositionner la communauté au centre de nos priorités plutôt que de tout miser sur la responsabilité de l’individu. Nous devons nous réapproprier les biens communs anciens, pensons aux coopératives (Coop Couturières Pop, Alte Coop, Coopérative Novaide), tout en créant de nouveaux communs (Cohabitat Québec). La crise nous a prouvé que nous avons les capacités d’effectuer ce repositionnement et celui-ci doit s’effectuer hors des formes politiques et économiques dominantes.

Mettre la vie au centre de l’économie | Produire moins et mieux

La crise climatique, l’augmentation des inégalités et la pandémie actuelle exacerbent les limites sociales et écologiques de la croissance illimitée. Vouloir toujours plus n’est plus une option, il faut tendre vers la suffisance et se concentrer sur des besoins essentiels mieux redistribués. La croissance ne produira jamais « assez » pour tout le monde, car le mode de vie des nantis n’est pas universalisable.

Le lien entre la croissance du PIB et les émissions de carbone qui dérèglent gravement notre climat n’est plus à faire et la solution ne proviendra pas de la technologie. Si l’on souhaite l’autonomie alimentaire, pourquoi ne pas miser sur la permaculture au lieu de se lancer dans des projets de serres hypertechnologiques en monoculture?

L’innovation technologique est insuffisante et comporte son lot de problèmes (exploitation des ressources rares et des individus plus précaires).

Démocratiser la société | Décider ensemble

Nous proposons d’élaborer ensemble un projet politique de société ou ce qui est produit et consommé est décidé collectivement en fonction du bien commun. Il est nécessaire de déployer notre capacité collective de décider ensemble de notre avenir, libéré·e·s des grandes infrastructures techniques et institutionnelles centralisées. Les décisions communes peuvent se faire dans le voisinage, au sein d’un quartier, comme le Collectif c’est à nous (Bâtiment 7), une OBNL autogérée de Pointe-Saint-Charles, ou d’un village (écovillage et écohameau).

En somme, la crise nous dévoile ce qui mérite ou non d’être sauvegardé de la modernité occidentale. L’illusion que « tout va bien » entretenue par l’abondance de marchandises superflues ne peut désormais plus acheter l’acceptation des injustices sociales et de la détérioration de notre environnement causées par le système économique. Le moment que nous vivons est tout indiqué pour « décoloniser notre imaginaire » et renouveler notre société. Une société post-croissance n’est en rien utopique ; il existe déjà un grand nombre d’initiatives au Québec à prendre pour exemple.

Le changement de paradigme est possible.